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Sweatshop Dead Cheap Fashion : une télé-réalité qui fait froid dans le dos

Sweatshop est une télé-réalité qui a embarqué trois jeunes Norvégiens au Cambodge pour travailler dans les usines qui fabriquent les vêtements qu’ils aiment tant. Le programme a été diffusé en fin d’année dernière en Norvège et comporte cinq épisodes d’une dizaine de minutes, il est possible de voir ces épisodes sous-titrés en anglais ici.

Le contraste entre les jeunes fashion addicts qui viennent du pays le plus riche du monde et les travailleurs pauvres est saisissant. J’étais déjà en pleine réflexion par rapport aux étiquettes de mes vêtements, je serai encore plus vigilante à l’avenir. Le reportage montre des travailleurs qui ne semblent jamais s’arrêter, qui sont au bord de l’évanouissement parce que tâche répétitive associée à manque de nourriture et chaleur insoutenable est égal à santé en danger. Une femme raconte qu’elle a cousu le même type de couture pendant…quatorze ans ! Il y a vraiment de quoi devenir folle.

Si les jeunes Norvégiens ont parfois des réflexions un peu naïves voire agaçantes, le programme a le mérite de montrer ce qu’on ne voit jamais. Lorsque la jeune Cambodgienne, Sokty, entre dans une boutique Mango et voit le prix d’une veste qu’elle a pu coudre, elle explique qu’il faudrait qu’elle travaille pendant une année pour se l’offrir. L’un des jeunes dit « Elle devrait pouvoir s’offrir les vêtements qu’elle coud ». Hum…Je pense que là n’est pas le problème, quand on est mécanicien chez Porsche on ne peut pas non plus s’en offrir une. En revanche, penser qu’une journée de 10 heures de travail sera payée 3 ou 4 $, sans pauses, assise inconfortablement dans un lieu qui n’offre même pas de toilettes, là, il y a un malaise. Je n’ose imaginer la marge qu’une enseigne comme Mango se fait sur une veste vendue 59.99 € que nous, petites privilégiées, achetons parce qu’on s’ennuie ou sur un coup de tête, veste qui ne sera peut-être jamais portée parce que finalement « j’aime pas ».

Les vacances n’existent pas, les loisirs n’existent pas, ces travailleurs ne s’arrêtent jamais, j’imagine qu’ils n’ont même pas le temps de se poser des questions, comme le dit l’une des jeunes « C’est comme s’ils étaient nés pour ça ». Forcément cette phrase a résonné en moi, c’est exactement ce qui se passe avec les animaux d’élevage : ils sont « nés pour ça ». Et le pire dans tout ça c’est que ce qu’on nous montre reste un atelier plutôt qu’une usine, or, on sait qu’ailleurs les conditions sont encore plus impitoyables. Ces travailleurs gagnent péniblement 100 $ par mois et demandent à être payés 160 $ par mois pour pouvoir vivre décemment mais manifester n’est pas autorisé et les matraques des flics sont là pour le rappeler. Le rêve de Sokty c’était de devenir médecin mais l’école est payante au Cambodge, elle a dû travailler très tôt comme la grande majorité des Cambodgiens. Quand je pense que j’ai profondément détesté aller à l’école…J’entends encore ma mère me dire « Ailleurs les enfants rêvent d’aller à l’école mais ne peuvent pas, tu ne sais pas la chance que tu as ». C’est vrai, je ne sais pas la chance que j’ai eu d’être obligée d’y aller, à l’école !

Que pouvons-nous faire ? Boycotter les marques qui laissent les employés du textile travailler dans d’horribles conditions pour un salaire de misère ? Le collectif Ethique sur étiquette répond :

Attention, boycotter un produit n’est pas toujours la solution adéquate. Sauf dans des cas de dangers extrêmes pour les travailleurs, c’est-à-dire lorsque le travail met en péril leur vie et leur santé, il est préférable de ne pas boycotter une marque mais plutôt de faire pression pour qu’elle adopte des mesures concrètes qui améliorent sensiblement les conditions des ouvriers. Le boycott pourrait entraîner des fermetures d’usines et des travailleurs sans emploi qui risqueraient de d’effectuer des tâches, souvent dangereuses, pour obtenir un peu d’argent (délinquance, prostitution, etc.)

Idéalement il faudrait acheter moins mais mieux, privilégier le vintage, les vêtements de seconde main, acheter made in France ou tout autre pays Occidental où le droit des travailleurs du textile est respecté. Et se dire que derrière une étiquette de vêtement il y a une personne, un être humain. On a tendance à l’oublier…comme on oublie que la viande dans son assiette a été un animal qui ne demandait qu’à vivre libre.

Sokty :)
Sokty 🙂
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7 réflexions au sujet de « Sweatshop Dead Cheap Fashion : une télé-réalité qui fait froid dans le dos »

  1. Oui j’ai vu une photo de la vidéo et ça m’a fait réfléchir. Ce qui ne va pas c’est pourquoi nous avons besoin d’acheter alors que nous n’en avons pas du tout besoin. Nous obéissons à des cycles et de l’autre côté d’autres s’épuisent pour fabriquer des vêtements. Hier en passant chez H& M je me suis dit que c’était dingue de mettre en vente des chemisiers dont les tissus sont d’une qualité de merde. Ça ne servait qu’à faire un bénef sans satisfaire les deux parties soit consommateurs et ceux qui l’avaient fabriquée. En France toutes les usines imposent aussi des conditions de travail infernales. 8 heures avec une demi heure de pause et toujours le même geste. Dans le froid ou dans une chaleur suffocante.

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    1. Nous n’avons pas besoin d’acheter, on nous fait croire qu’on a besoin mais c’est faux. Quand j’étais à Londres je suis passée devant Primark tous les jours mais je n’y suis jamais entrée, la qualité est merdique et ça ne profite ni aux consommateurs ni aux travailleurs, uniquement aux dirigeants du groupe qui eux s’enrichissent…

      Travailler dans une usine, que ce soit en France ou au Cambodge, ce n’est jamais formidable mais je ne pense pas qu’on puisse comparer le sort des Cambodgiens et celui des Français. Tu devrais regarder le documentaire !

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      1. Non je ne le compare pas, mais quand on pensera que les gens on les considère comme des abrutis en leur demandant toujours de reproduire toujours le même geste et en plus en restant debout. J’avais vu un reportage sur les conditions de vie de ceux qui font les vêtements Ralph Lauren et Calvin Klein. Du coup je n’achète plus ces deux marques. Elles sont réalisées dans des conditions de crasse ( sous traitants) lamentables et les ouvriers n’ont même pas d’eau dans leur logement, un logement qui est en dessous de tout. Je vais regarder le documentaire ce soir. Je crois que je ne vais pas bien dormir encore:)))

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      2. Les machines ne peuvent pas tout faire…Peut-être faudrait-il que ceux qui travaillent en usine soient payés plus et travaillent moins compte tenu de la pénibilité de la répétition ? Mais dans ce cas pas de profit alors que c’est le but.

        Ça m’emmerde pour Calvin Klein, j’aime beaucoup cette marque arf. Je viens de vérifier c’est fait en Chine, effectivement…Quand je pense au prix que ça coûte, bref…je n’achèterai plus CK, à ce rythme là je me demande ce que je vais pouvoir encore acheter…Rien ? Comme ça je ferais enfin des économies 😀

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      3. C’est sûr que l’on peut devenir parano:)))). Cela dit nous sommes de plus en plus conscients que ça ne tourne pas rond alors qu’avant on s’en foutait carrément parce que l’on ne savait pas. Tu sais ma marque préférée c’était Ralph Lauren mais le reportage m’a calmé. Carrément. J’ai voulu ne fait un article mais je voulais insérer la vidéo, que je n’ai jamais trouvé. Dans une usine française, il y a un mur symbolique entre les ouvriers et ceux qui travaillent dans les bureaux. Les uns ne viennent jamais chez les autres. Ceux qui sont dans les bureaux sont dans un monde à part et les yeux rivés sur les écrans de commandes et les chiffres. Les autres triment et doivent absolument atteindre un objectif dans la journée avec des cadences infernales. Ils emploient maintenant des intérimaires qu’ils balancent à la volée parce que le marché de l’emploi est désastreux. Certaines entreprises emploient des personnes de la communauté européenne surtout des polonais parce que plus corvéables à merci, créant des ruptures sociales. Des économies sont faites sur le matériel, pas sur ceux qui doivent répondre à des normes de sécurité mais le matériel qui pourrait apporter du confort. Cela dit on est loin des conditions de travail du Bangladesh, parce que le reportage se situait là.

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  2. Je viens de voir la vidéo, et ça fou les boules. Surtout lorsque la jeune femme norvégienne se rend compte que l’autre donne sa vie pour des vêtements qu’elle porte. Que nous portons. S’ils pouvaient être payés plus serait la solution parce qu’ils ont besoin de ce travail, sinon c’est la prostitution et encore, celle-ci, n’est plus si facile. Le monde ne tourne pas rond.

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  3. Merci pour la découverte de cette émission. Comme tu le sais, je suis d’origine cambodgienne.
    Ma mère, cambodgienne donc, a dit une fois, alors que ma soeur parlait de l’exploitation des cambodgiens dans ces usines, des enfants notamment, qu’au moins ils ont un moyen de gagner de l’argent en évitant la rue et la prostitution.
    Ça me fait réfléchir parce que je suis pour un boycott des marques qui exploitent la misère mais le collectif Éthique sur l’étiquette a raison: si tout le monde fait comme moi, tous ces pauvres gens n’auront plus rien une fois leurs usines fermées.
    D’un autre côté, H&M a par exemple déplacé ses confections en Éthiopie parce que c’est encore moins cher qu’en Asie (salaire moyen d’un éthiopien : 30$ par mois contre 150$ pour un chinois qui finit par être le mieux payé en Asie).
    C’est révoltant. Que faire?
    Comment continuer à acheter innocemment un vêtement H&M (ou autres marques) en sachant ce genre de choses?
    J’ai été vendeuse chez H&M pendant mes jeunes années de parisienne et le personnel a une remise de 25%, j’ai encore tout un tas de vêtements dans mon armoire bien que j’ai donné une bonne partie de tout ça à une dame que je connais qui les donne aux pauvres à Madagascar quand elle rentre voir sa famille une fois par an.
    Je n’achète plus beaucoup de nouvelles pièces, je suis pour acheter moins pour acheter mieux.
    Alors comme j’ai bien l’impression que c’est pas demain la veille que tout le monde se souciera de ce point et pensera « éthique » en faisant du shopping, je suis pour une sensibilisation de tous les fashion addicts qui ont besoin de faire régulièrement du shopping pour se sentir bien. Ils ne boycotteront jamais eux, mais il faut qu’ils sachent comment leur nouvelle fringue a été fabriquée, dans quelles conditions et combien sont payés les ouvriers qui sont parfois des gosses.
    Et à force, toutes ces grandes enseignes auront peut-être honte et augmenteront les salaires et amélioreront les conditions de travail de ces ouvriers?
    En tout cas, comme tu le dis au début de ton article, cette émission a le mérite de montrer cette exploitation et j’espère qu’au moins les participants ont modifié leur comportement de consommateurs.

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