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Le véganisme comme chemin vers la guérison des Troubles du Comportement Alimentaire ?

J’ai envie de parler de ce sujet depuis longtemps mais ce n’est pas évident : il y a un vrai tabou autour des TCA. Pour preuve : j’ai lancé un appel à témoins et une seule et courageuse personne a répondu (merci à toi). Pourquoi si peu de réponses alors que je proposais de témoigner anonymement ? Parce que les filles qui mangent sans jamais pouvoir s’arrêter, celles qui se font vomir, celles qui décident de ne plus rien manger, celles qui mentent à leur mari/parents, les filles qui n’ingèrent jamais rien sans avoir compté le nombre de calories trois fois, ces filles qui sont prêtes à mourir pour avoir un IMC de 16, ces filles malades ont honte.

Alors je vais parler de mon cas, pour commencer. J’ai un rapport compliqué à la nourriture depuis l’adolescence. Pour résumer, je dirais qu’aujourd’hui encore, j’apprends à manger. J’ai passé des années à soit manger tout le temps, en quantités assez étonnantes, sans pouvoir m’arrêter, ou à ne rien manger ou presque. Je n’ai aucune idée de ce qu’est une façon « normale » de manger, je ne sais pas comment font les autres pour avoir un rapport « sain » et « normal » à la nourriture. Pour moi, manger a toujours été un problème et aujourd’hui encore je lutte pour que ça ne fasse pas partie de mes préoccupations. J’ai toujours eu un problème avec le miroir, je ne me trouve jamais « comme il faut », mon IMC (Indice de Masse Corporelle) a longtemps été une obsession (s’il était supérieur à 20, ça n’allait pas). J’ai eu des écarts de poids de 10 kilos depuis l’adolescence. Je suis obsédée par certaines parties de mon corps, je ne vais pas vous les lister, sinon ça ferait peur je crois 😊 J’ai aussi une perception déformée du corps des autres, j’ai une idée très précise du corps idéal et globalement même une fille mince, je peux la trouver grosse, par exemple si elle est trop musclée ou a naturellement des gros mollets, pour moi elle est grosse. Je sais que ça peut paraître fou de dire ça et pour être tout à fait honnête, c’est la première fois que j’en parle publiquement. Il faut comprendre que non seulement je suis critique envers mon propre corps mais je suis critique envers celui des autres (dans ma tête, je ne le dis évidemment pas aux gens !). J’ai une idée précise de la beauté idéale et elle n’a rien à voir avec le poids, pour moi quelqu’un de beau est quelqu’un qui a de belles proportions, c’est mon côté esthète qui a un peu trop dérivé je dirais. J’ai conscience que je devrais m’en foutre que les gens soient beaux ou moches mais je ne peux pas m’en empêcher, je passe beaucoup de temps à observer ceux qui m’entourent, je les « dessine » dans ma tête (à ce stade toi qui me lis tu penses que je suis folle, c’est sûr !). Il m’arrive de ne pas pouvoir parler à quelqu’un si une partie de son corps me « dérange » (oui je sais c’est inquiétant). Bref, je suis malade et je le sais et je me soigne.

Le végétalisme attire beaucoup de filles qui souffrent de TCA pour une raison très simple : en enlevant la viande, les produits laitiers et les œufs, on enlève beaucoup de calories. Or, quand on est atteinte de TCA on est littéralement obsédé par les calories. Qu’on soit boulimique ou anorexique, on ne pense qu’à ça du matin au soir. Et quand on a craqué parce qu’on a mangé une biscotte de trop, on fait dix pompes et cinquante abdos. Dans un premier temps, on est attiré par le végétalisme pour mincir, puis on se rend compte qu’on n’est plus obligé de compter les calories parce qu’on réapprend à manger, on mange plus sans grossir, on mange plus diversifié, puis on se met à cuisiner, et on finit par apprécier le fait de manger ! La plupart des filles (il y a aussi des hommes qui ont des TCA mais c’est plus rare) malades n’apprécient pas le fait de manger, c’est une corvée, on doit contrôler ce qu’on mange et ce n’est pas amusant. Je crois que l’alimentation végétale est une libération parce qu’on apprend enfin le plaisir de manger. On découvre qu’il y a de nouvelles saveurs et même des aliments qui contiennent du « bon gras » (c’est alors la « fête de l’avocat » !). Certes, il est compliqué de ne pas continuer à tout contrôler, parce que c’est un réflexe trop vieux pour disparaitre du jour au lendemain. Le fait d’aimer préparer les repas, de découvrir de nouvelles saveurs, de passer enfin du temps à table, puis de prendre conscience qu’on se fait du bien tout en épargnant les vies des animaux, le fait de refuser de participer à cette folie qu’on voit dans les abattoirs, tout cela contribue à la guérison. La compassion est une étape importante vers la guérison. Si l’on a de la compassion pour les animaux, on en a aussi pour nous-mêmes. On n’est plus en colère, on est apaisé. On n’est plus centré sur nous-mêmes, on est tourné vers le monde. On relativise.

Le témoignage de X qui souffre de boulimie et d’hyperphagie : « Globalement le véganisme m’a énormément aidé à contrôler mes crises, à en faire moins souvent. Je suis très reconnaissante. Je crois qu’en prenant compte de l’extérieur, l’éthique, l’écologie, ça permet d’avoir une autre raison de dire « non » à ma pulsion que juste « non ne mange pas ça, tu vas être grosse ». Ça détourne la culpabilité qui est au centre de mes pulsions. Ça permet aussi de me faire prendre le recul nécessaire pour ne pas toujours céder à une crise. Je crois que le traitement le plus sain qu’on puisse proposer à une personne qui souffre comme moi de ces troubles est le végétalisme (en plus d’une thérapie avec un professionnel). Parce que ce n’est pas un régime, ce n’est pas restrictif, ce n’est pas une punition, c’est le choix d’un mode de vie différent, c’est un choix positif ».

Dans mon cas, je suis avant tout devenue vegan en étant sensibilisée à la cause animale, je n’ai pas pensé que je pourrais mincir, c’est d’ailleurs l’inverse qui s’est produit (à mon plus grand regret). Mais ma santé est meilleure et je suis sur le chemin de la guérison : je ne compte plus les calories, je sais quand j’ai faim et je ne mange que quand j’ai faim (donc jamais de petit-déjeuner parce que je n’ai jamais faim au réveil). J’écoute mon corps, pas les avis des médecins à la télé. Il m’arrive de faire des rechutes mais globalement ce que m’a apporté le véganisme est énorme : je ne suis plus focalisée sur ma petite personne, je pense aux animaux, à la planète, à participer à un monde plus juste, un monde meilleur. Au lieu de me juger et de juger les autres, je regarde autour de moi, je vais à la rencontre des animaux dans les refuges, je participe à des sauvetages, j’adopte des animaux, je me tourne vers le minimalisme, j’essaie de me concentrer sur ce qui est essentiel. C’est une vraie mission, un travail quotidien mais un travail amusant et bénéfique pour tout le monde.

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2 réflexions au sujet de « Le véganisme comme chemin vers la guérison des Troubles du Comportement Alimentaire ? »

  1. J’ai cru me reconnaître dans la description que tu faisais de toi-même : je n’ai jamais su avoir une alimentation dite normale. Je mange en excès ou alors pas du tout. Je suis devenue végétarienne il y a plus d’un an pour la cause animale mais cela ne m’a pas fait maigrir non plus :/ J’espère pouvoir manger à nouveau normalement (si je l’ai déjà fait un jour). Plein de bisous ❤

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